Actualités de droit économique
Le Soir Dantesque
L’affaire du « pain maudit de Pont-Saint Esprit »
Cass. civ. 1ère, 19 janv. 1965, n°61-10952
La tentation de saint-Antoine, Bosc.
– Chef, encore un appel ! Toujours pareil, une dame cette fois, qui s’est jetée du troisième étage.
– C’est la troisième fois aujourd’hui ! Allez rassemble les gars, on fonce. Appelle l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze et la gendarmerie. Qu’ils nous rejoignent sur place.
La Delahaye presque neuve, suivie de la 403 rutilante du médecin, démarra en trombe, sirène hurlante dans les rues de Pont-Saint-Esprit, ne surprenant plus personne, semant juste un peu plus d’inquiétude, s’il était possible.
Depuis dix jours, les appels ne cessaient plus. On comptait déjà cinq morts, une cinquantaine de blessés plus ou moins graves, vingt personnes internées dans un établissement psychiatrique.
Tout avait commencé après le 15 août, par un homme qui était sorti en hurlant dans la rue, vers midi, comme possédé, les yeux exorbités, pointant un doigt accusateur derrière lui, implorant des démons que seul, il décelait, de le laisser en paix. Il avait fallut quatre gendarmes pour le calmer et, depuis, il restait prostré dans sa chambre d’hôpital, étroitement surveillé par une équipe médicale dubitative.
Quelques uns étaient rapidement sortis de l’hôpital après des nausées nombreuses et douloureuses et une faiblesse chronique pendant plusieurs jours.
Dans la population on
commençait à jaser. Certaines bigotes affirmaient que la Vierge Marie était en colère parce que les spiripontains n’avaient pas suffisamment prié le 15 août et se répandaient en messes, prières
et processions à la Vierge, depuis. D’autres pensaient à la peste, surtout que le libre d’Albert Camus venait d’être publié et que bien des lecteurs l’avaient lu au premier degré. D’autres encore
pensaient que Satan les poursuivaient. La majorité pensaient à un empoisonnement. On parlait des sources, là encore en référence à un genre littéraire, mais plus local, Manon des sources, de
Marcel Pagnol, certains accusaient les gitans, ou bien les protestants, personne n’osant trop ouvertement accuser les Juifs, on sortait de la guerre et tout le monde portait, de manière plus ou
moins accusée la honte d’une certaine complicité collective envers un génocide, qu’on se plaisait à cacher en même temps qu’on en découvrait l’ampleur, d’autres encore visaient un complot
politique, les communistes désignant pour certains et en vrac, le RPF, le pape voire les Etats-Unis, et les gaullistes invectivant les rouges,
Staline lui-même, les nationalisations ou les syndicats. Quelques uns accusaient les militaires nîmois d’avoir tenté d’utiliser des produits de guerre bactériologique ou chimique, d’autres encore
la SNCF d’utiliser des produits motels pour faire avancer leurs machines. Une chose était certaine, la commune de Pont Saint Esprit était en ébullition, chacun soupçonnant son voisin et accusait
le maire d’une inaction coupable. Il était temps de trouver un coupable, un vrai, puisque, personne n’en doutait, il y avait un coupable, un esprit malin, de chair et d’os si possible.
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